Encore

Plaie profonde endormie

Ici, le corps endolori

 

Des jupons de mousseline

Un chignon de ballerine

 

Du crépuscule illusoire

Qui invente cette histoire

 

Jaillir de nos entrailles

Et là, foutre une pagaille

 

Avec de longs manteaux

Une barbe aux ciseaux

 

Quand midi sonne à la porte

Les maux ont leur escorte

 

Jouir, ce jour, de mille feux

Et subir le charme capiteux

 

Belle chevelure défaite

Une bouche entrouverte

 

De la nuit qui tombe ici

Révélatrice d’une folie

 

Lever ce verre à l’envi

Maudire le « je » de l’ennui

 

Un regard impérissable

Des gestes inextricables

 

Les ténèbres en silence

Appellent l’insouciance

 

Douce filante rêverie

Au petit matin finit

 

Plaie profonde oubliée

Ici, l’âme est comblée

 

Vouloir recommencer

En secret, chut, respirer.

Carpe diem

Il existe des Hommes que la parole asphyxie,

Des âmes bloquées, incapables de recevoir

Et des cœurs hagards meurtris par la vie

 

Des blessures que l’autre aimerait panser

Puis des maux, ensemble, qui s’évaporeraient

Pour laisser place, enfin, à la légèreté

 

Mais l’être complexe choisit de renoncer,

Plutôt que savourer le moment présent

A trop anticiper, il nie l’éventualité

 

Qui est cet autre qui cesse de respirer,

Préfère se tapir dans le silence

Fuir le plaisir et le verbe innés ?

 

L’étrange atermoiement de l’angoissé,

L’embarras permanent de l’indécis

Et ses allers-retours inopinés

 

Aube divine, je perçois et devine tes effets,

Tes pulsions primaires qui l’emportent

Face au démon des pensées à l’arrêt

 

Alors qu’il rêve d’un terrier isolé

Tu souffles un vent chaud et curieux,

De ceux qui délivrent un corps plombé

 

Sauf qu’il a bâti une muraille invisible

Pour protéger son désir immédiat,

Un boniment vaut mieux que le possible

 

Ô, jour nouveau, provoque ici la déraison !

Affranchis nous de ces doutes paralysants

Pour, demain, accepter l’ivresse de la passion.

 

 

 

Automne

L’horizon décline sans crier gare

Devine des lendemains chagrins

Et paralyse les corps de son curare

 

L’arrière-saison nous retient prisonnier

Elle, qui repousse les limites à l’envi

Nous, las d’une existence anémiée

 

Le brouillard enveloppant nos montagnes

Avec la force du terrien avisé

Plus rien ne préserve la campagne

 

Les hommes savent comment se blottir

Et attendre doucement la froidure

Qui osera s’échapper de la mire ?

 

Dans les méandres d’une vie illusoire

Auprès de l’être cher, enfin on s’assoupit

Pour ajourner le dernier chapitre noir

 

La maturité rattrape les âmes égarées

Elle efface les mille regrets amers

Oh, bel automne, je t’ai tant aimé.